Ateliers à deux voix

 

L’atelier d’écriture est là pour éveiller les gens, pas pour en faire des artistes. L’école est là pour leur transmettre du savoir ; dans l'atelier, on met en pratique ce qui est enseigné à l’école : il est important de montrer l’importance de maîtriser la langue c’est à dire l'utilité d’apprendre les conjugaisons, l’orthographe, la grammaire, les mots de liaisons….

 

L’atelier d’écriture permet parfois de faire le lien parfois entre plusieurs cours et de monter des projets en équipe pluridisciplinaire.

 

L’atelier d’écriture est un espace de liberté : pas de notes et pas de corrections… Les enfants sont là pour écrire et se procurer du plaisir. L'intervenant est là pour valoriser leur travail, pour leur montrer qu’ils ne sont pas "nuls".

 

Matériellement, quand on arrive dans la classe, on change l'organisation de la classe, la relation adulte / enfants (on n’appelle pas l’écrivain " madame ", on ne lève pas le doigt pour prendre la parole) et donc la relation professeur / élève.

 

L'atelier en milieu scolaire

 

Il est essentiel que le projet parte de l'enseignant ; même s'il est toujours intéressant qu'il existe une rencontre intervenant / enseignant pour fixer les objectifs, les méthodes (on crée ensemble la "magie" de l'atelier), l'atelier ne doit jamais être imposé à l'enseignant. Il faut en effet que le comportement de l'enseignant s'accorde avec la liberté engendrée par l'atelier : s'il n'est pas demandeur, il risque de gêner le bon déroulement des séances.

 

C'est donc l'enseignant qui initie le projet, qui le prépare avec l'enseignant et parfois un partenaire culturel. Par contre, il est essentiel de préserver la surprise de la première rencontre intervenant / public pour la première séance de l'atelier.

 

En terme de durée, l'idéal serait de pouvoir mener un atelier sur un an : on aurait ainsi une période de découverte , puis un réel travail d'écriture : une fois que les enfants ont compris ce qu'on leur demande, ils écrivent sans problème. Il est intéressant également d'avoir une finalisation prévue pour le travail, par exemple la Fête des Mots Familiers qu'organise la Fédération des Oeuvres Laïques des Côtes d'Armor : tous les projets de l'année y sont exposés, et on se sent intégré dans un travail d'équipe, un lien existe entre les différentes actions et les intervenants.

 

Démarche

 

On ne connaît pas jamais à l'avance le résultat d'un atelier ; on a fixé des objectifs (avec les partenaires), on se donne des grands points à travailler, mais tout dépendra du comportement du public Il existe cependant des constantes :

 

On a remarqué les difficultés que chacun a pour regarder, sentir et écouter, et pour ensuite exprimer ces sensations. L'habitude est plus d'expliquer que d'imager. L’atelier d’écriture est là pour faire prendre conscience de ces moyens d'expression, accessibles à tous. On donne confiance en eux aux participants en les faisant créer à partir du concret ; par exemple on cherche toutes les métaphores qui expriment une idée "je suis joyeux comme un oiseau qui chante comme un volcan qui crache, ou comme un ruisseau qui coule". Le travail parallèle entre écriture et photographie trouve alors naturellement sa place.

 

Souvent les enfants ont du mal à se lancer : peur du jugement des autres, de l'adulte, de "se tromper". Le rôle de l'intervenant est d'instaurer une dynamique de groupe pour que chacun puisse s'exprimer.

 

L’atelier d’écriture en milieu carcéral

 

En milieu carcéral on travaille avec des gens en grande difficulté : illettrisme, exclusion.

 

Le point de départ est une discussion collective qui parfois est provocatrice. Certains disent leur désaccord : " je ne raconterais pas l’histoire de cette façon ", c’est très intéressant de partir d'un refus. "Je prends note des phrases dites pendant la discussion. Puis chez moi, j'organise le tout, je mets des articulations, des mots de liaisons…À la séance suivante, les détenus repèrent tout de suite les modifications. Je leur explique pourquoi j’ai ajouté telle ou telle chose mais je ne modifie jamais le texte de base. Je travaille sur un ordinateur portable, que j'amène avec moi. Le but est qu’à un moment donné ils modifient eux-mêmes les textes, sur l’ordinateur" explique Martine.

 

La difficulté du travail en prison (outre les démarches administratives et les contraintes dues à la préservation de l'anonymat des personnes) est l'instauration d'une relation de travail. Il faut s'empêcher d'entrer dans le jeu des participants qui essaient toujours de nous emmener dans leurs problèmes, leur douleur, ce qui est compréhensible, mais il faut savoir cadrer les choses et ne pas se faire dépasser par les événements.

 

Qui peut animer des ateliers d’écriture ?

 

Chacun son métier : je ne suis pas capable d’enseigner. Et je ne suis pas d'accord avec l'enseignant qui dit "je suis capable de mener un atelier d’écriture". S'il était capable de le faire, pourquoi ne le fait-il pas ?

 

Évaluation de l’atelier d’écriture

 

Elle porte à la fois sur le comportement des participants (souvent les participants retrouvent confiance et se comportent plus activement durant l'atelier), sur la production (il est important de montrer aux autres ce que chacun a fait, cela met chaque participant en valeur. Une exposition est faite dans l’école parfois, ou dans d'autres occasions)

 

Par la suite, les enfants aiment rester en contact, ils nous envoient un texte qu’ils ont écrit, un témoignage relatant la façon dont ils ont ressenti l'atelier : c’est un bilan, souvent fait avec l’instituteur.

 

 

 

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